Retour sur la soirée « Quand les données transforment la ville et les entreprises »

Retour sur la soirée « Quand les données transforment la ville et les entreprises »

Le jeudi 2 février, le Global Compact France et l’Ambassade du Danemark en France organisaient un événement de haut niveau, sur le thème : " Quand les données transforment la ville et les entreprises ".

Les thèmes principaux abordés lors de cette soirée étaient : les enjeux de la collecte et du traitement des données (Big Data), les opportunités liées aux villes intelligentes et les nécessaires synergies entre acteurs publics et privés pour imaginer la ville durable de demain. Ils sont à relier à l'ODD 11 - Villes et Communautés Durables.

Cette soirée rassemblant des experts sur ces sujets fut l’occasion de mettre en avant les expertises des entreprises françaises, de proposer un dialogue multi-acteurs, d’échanger sur de possibles opportunités au Danemark et d’évoquer les collaborations à inventer pour atteindre une ville intelligente et durable. Le Global Compact France remercie chaleureusement tous les intervenants et participants.

INTRODUCTION

Madame Kirsten Malling Biering, Ambassadeur du Danemark en France a ouvert la soirée en présentant les conditions socio-économiques, les opportunités d’affaires au Danemark et les expertises danoises, en particulier en matière de ville intelligente et de gestion durable des données.

Jean-Pierre Cordier, Vice-président du Global Compact France a présenté les activités du Global Compact France et le lancement récent de la plateforme Global Impact+, la première plateforme en faveur des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies, dédiée aux entreprises françaises. Elle offre un recensement et un suivi des impacts des entreprises sur tout le territoire et ambitionne de créer un mouvement national promouvant et favorisant l’intégration de ces objectifs par les PME françaises.

L’ODD 11, dédié aux villes et communautés durables, a constitué le fil conducteur de cette soirée. M. Cordier a ainsi souligné que les villes concentraient la moitié de la population mondiale et que de nombreux enjeux émergeaient pour qu’elles continuent de générer des emplois et de la prospérité, sans grever les sols et les ressources naturelles. Il a enfin ajouté que les données représentaient l’épine dorsale des smart cities, tout comme les nécessaires synergies entre secteur privé, collectivités et autres parties prenantes pour créer la ville résiliente de demain.

                                                               

                                                                                     Madame Kirsten Malling Biering et Jean-Pierre Cordier, Vice-président du Global Compact France

INTERVENTIONS

Kim Schultz, Special Advisor on Data centres au Ministère des Affaires étrangères du Danemark a présenté les raisons ayant poussé Apple et Facebook à installer leur data center au Danemark, avec :

  • Des coûts de l’énergie très compétitifs
  • Un mix énergétique constitué à 56 % d’énergies renouvelables
  • Une alimentation électrique fiable
  • Des sites de grandes envergures disponibles
  • Un réseau de fibre optique très développé
  • Des facilités en termes d’opportunités d’affaires (ex : rapidité d’obtention des permis de construire, pays le moins corrompu au monde selon Transparency International, etc.)
  • Douceur du climat pour le refroidissement des centres
  • Sécurité et stabilité politique, économique et environnementale

Peter Bjørn Larsen, Director, City Data Exchange EMEA chez Hitachi a ensuite présenté la plateforme d’échange de données publiques/privée de la ville de Copenhague – nommée City Data Exchange - une première mondiale. Il a d’abord rappelé les objectifs de la capitale danoise :

  • Devenir une ville neutre en carbone d’ici à 2025
  • Offrir des transports verts et confortables
  • Réduire sa consommation d’énergie

Les données de la ville sont ouvertes et cette plateforme permet aux fournisseurs de données (ex : acteurs des transports, opérateurs téléphoniques, de l’énergie et de distribution d’eau, institutions financières, etc.) de rencontrer les consommateurs de données (autorités publiques, commerçants, compagnies d’assurance, développeurs d’applications, etc.). Un des enjeux principaux est de rendre ces données économiquement abordables et à un maximum d’utilisateurs. M. Bjørn Larsen a conclu en présentant les bénéfices nombreux et concrets de ce système :

En termes d’aménagement urbain :

  • Une meilleure prise de décision
  • Des investissements mieux ciblés
  • Des biens immobiliers mieux conçus

Pour la ville :

  • Entreprises plus prospères
  • Augmentation des recettes fiscales
  • Amélioration des zones urbaines pour répondre aux besoins des citoyens
  • Meilleure qualité de vie des citoyens

TABLE-RONDE : " Quand les données transforment la ville et les entreprises "

Avec la participation exceptionnelle de :

  • Albert Asseraf, Directeur Général Stratégie, Data et Nouveaux Usages – JCDecaux
  • Laurent Giovachini, Directeur général adjoint - Sopra Steria
  • Christel Heydemann, SVP Corporate Strategy, Alliances & Development - Schneider Electric
  • Emmanuel Normant, Directeur du Développement durable - Saint-Gobain
  • Pierre Schaeffer, Senior Vice President, Chief Marketing Officer – Thales

Modération: Dominique Pialot, Journaliste à La Tribune

 De gauche à droite : Dominique Pialot, Journaliste à La Tribune ; Albert Asseraf, Directeur Général Stratégie, Data et Nouveaux Usages – JCDecaux ; Laurent Giovachini, Directeur général adjoint - Sopra Steria ; Christel Heydemann, SVP Corporate Strategy, Alliances & Development - Schneider Electric ; Emmanuel Normant, Directeur du Développement durable - Saint-Gobain ; Pierre Schaeffer, Senior Vice President, Chief Marketing Officer – Thales.

Qu’est-ce que la ville durable pour chacune de vos entreprises ?

Pierre Schaeffer a d’abord indiqué que la vile intelligente était un vaste sujet pour Thales, avec pour priorité les enjeux de sécurité et de mobilité. La mobilité apparait comme la première façon d’appréhender une ville et se vit au quotidien. Les données ont un impact conséquent sur cette mobilité en ville, à l’image du véhicule autonome. Il s’agit d’un pré-requis de la ville durable.

Pour JCDecaux, Albert Asseraf a déclaré que son groupe était présent dans 77 pays et 4 000 villes avec pour ambition de les rendre plus agréables au quotidien : en abritant les usagers qui attendent leurs bus, en facilitant la mobilité avec près de 300 000 parisiens abonnés au Vélib’. JCDecaux entre dans cette ville numérique avec, par exemple, le déploiement du Wifi gratuit sur toute l’avenue des Champs Élysées. De nouveaux Abribus ont été installés à Paris incluant des tablettes équipées d’applications pratiques et culturelles ; la possibilité de recharger son portable ou encore des fonctions spécifiques à destination des malvoyants. Cela s’intègre dans la vision de la ville inclusive.

Sopra Steria, en tant qu’entreprise du service du numérique conseille les villes en amont jusqu’à la mise en place d’architectures de données spécifiques. Sopra Steria est le deuxième éditeur de logiciel français avec des collaborateurs présents sur le terrain dans l’ensemble du pays. Le groupe travaille à libérer la donnée au profit des start up locales, son métier est au cœur de la transformation digitale. Les collaborateurs de Sopra Steria sont aussi des citoyens et sont ainsi les premiers à donner leurs avis sur les services proposés. Le groupe est par exemple l’un des fondateurs du TUBÀ, lieu d’innovation urbaine à Lyon. Sopra Steria parle de génétique des territoires : chaque ville a sa spécificité et il est nécessaire de créer des projets spécifiques avec l’ensemble de l’écosystème. 

Comment les attentes des villes ont évolué au fil des années ?

45 % de l’activité de Schneider Electric se situe autour du bâtiment. Pour Christel Heydemann, trois éléments ont changé :

  • La notion de développement durable est devenue fondamentale et s’intègre dans tous les projets
  • Les citoyens sont eux même acteurs, grâce à la technologie et aux réseau sociaux
  • Les modes de collaboration public / privé et local / global

Comment placer l’individu au cœur de la ville durable ?

Dans le secteur du bâtiment, l’enjeu clé est le confort pour Emmanuel Normant de Saint-Gobain. Pour cela il faut pouvoir le mesurer et faire évoluer l’offre afin qu’elle procure plus de bien-être et soit durable. Le groupe a développé un petit appareil connecté au smartphone qui permet de mesurer l’éclairement, le niveau sonore, la température et l’humidité. Il est distribué aux collaborateurs dans le monde entier et pourrait être amené à être développé à plus grande échelle. Saint-Gobain cherche à remettre l’individu au cœur du développement des solutions et à objectiver le ressenti pour développer des solutions qui répondent aux attentes des clients.

L’exemple danois de la plateforme d’échange de données public/privé pourrait-il être développé chez JCDecaux ?

Une nouvelle direction ”Stratégie Data et Nouveaux Usages” a été créée chez JCDecaux pour aller plus loin en matière de données. Des questions ont émergé : La donnée est-elle un actif ? Doit-on la conserver ? Faut-il mettre en open data toutes les données afin d’apporter des services, et de proposer de nouvelles solutions ? Monsieur Asseraf a indiqué croire dans les plateformes de données partagées pour les rendre plus intelligents collectivement. Les données croisées font sens et leur force est d’apporter de l’instantanéité. Le fait de pouvoir distribuer des données en temps réel permet d’améliorer la qualité des contenus.

Laurent Giovachini ajoute que Sopra Steria croit beaucoup aux espaces de données partagées. Le stockage de données restera hybride ; certaines constituent un actif stratégique que l’entreprise voudra conserver en interne et d’autres seront hébergées sur le cloud. Le rôle du Chief Data Officer est de penser en tenant compte des contraintes légales, des contraintes propres à chaque client tout en assurant la conformité.

Pouvez-vous détailler les solutions que vous développez pour rendre la ville plus durable et sobre en ressources ?

D’après Christel Heydemann plusieurs sources de ressources prévalent chez Schneider Electric,avec des gisements de données présents dans tous les systèmes. Les notions de cyber sécurité et de résilience s’avèrent extrêmement importantes. Le type de données remontées est un sujet complexe où l’expertise métier compte beaucoup. L’objectif est d’enrichir et d’apporter de nouvelles solutions pour les utilisateurs.

                                                                       

Emmanuel Normant de Saint-Gobain aborde le sujet de l’efficacité énergétique. Selon lui, l’un des défauts des énergies vertes est le stockage de l’énergie, se pose alors la question des batteries. Si un bâtiment est très bien isolé, au moment où la demande est la plus importante, et d’une éventuelle pénurie d’énergie, il est tout à fait possible de couper le chauffage pendant 3 à 4 heures sans gêne pour l’utilisateur. C’est un exemple d’interaction, de solution non électronique en tant que telle mais qui, combinées, fonctionnent au niveau d’un quartier ou d’une ville.

Quid de l’aspect cyber sécurité ?

Pierre Schaeffer est d’abord revenu sur un projet majeur de Thales qui est de déployer à l’échelle du Danemark une plateforme type carte Navigo. Cette carte alimente en données une plateforme open data et permet toute une série d’optimisation des flux et de faire évoluer sur les tarifs. Dans les environnements européens, une volonté d’aller vers la ville intelligente est visible mais en partant de choses existantes. Pour en revenir à la cyber sécurité, toutes les bonnes pratiques doivent être appliquées. Ces enjeux prennent une importance exponentielle avec l’open data : il faut partir du principe que l’on sera attaqué. Vos amis dans la vie réelle peuvent être vos ennemis dans le monde virtuel. La ville doit tout faire pour se positionner en tant qu'entité dans laquelle existe la confiance. Il est nécessaire de protéger la donnée ; la rendre anonyme ne suffit pas. On parle finalement de la version moderne des archives municipales.

Revenir à la donnée et à son stockage, est-ce que cela modifie quelque chose pour votre activité ?

Pour Laurent Giovachini, les décisions d’Apple et de Facebook de placer leurs data center au Danemark illustrent une tendance qui se renforce en Europe. Sopra Steria est en mesure d’accompagner ses clients en leur proposant ces fameuses plateformes et leur permettre d’accélérer leur transformation digitale. Ces enjeux sont suivis sous différents angles comme ceux du développement durable ou de la sécurité.

Christel Heydemann ajoute que Schneider Electric collabore aussi avec beaucoup d’acteurs européens qui construisent des « colocation provider* ». Les grands acteurs viennent de plus en plus en Europe pour comprendre comment les données sont consommées et découvrir des solutions plus locales. Le Big Data est utilisé pour améliorer l’utilisation des data center.

Existe-t-il des bonnes pratiques qui mériteraient d’être importées du Danemark en France, et à quelles conditions ? Quels enseignements sont à reproduire ailleurs ?

Pour Albert Asseraf, l’historique culturel de chaque ville est crucial. Le Danemark est en avance sur les prises de conscience, parfois encore en cours dans beaucoup de pays. Les plateformes ont modifié beaucoup de choses, chacun souhaite aujourd’hui donner son avis et il est nécessaire d’en tenir compte. Les données vont beaucoup aider les villes à évoluer. Des applications permettent de demander les avis de manière massive, et interroger les citoyens peut modifier la gouvernance.

Pour Laurent Giovachini, beaucoup de choses sont à retirer du Danemark. Faute de projet global, certaines initiatives isolées n’aboutissent à rien. Il faut des élus formés qui prennent conscience d’une nécessaire vision d’ensemble à adopter pour se lancer dans un projet de ville intelligente. L’interaction entre les différents acteurs, et des élus formés qui collaborent sont des enjeux clés.

Christel Heydeman parle d’une Europe dans un contexte mondialisé, où la Chine et les États-Unis ont un poids énorme sur le marché comme en termes de masse de données ; beaucoup d’initiatives en Europe existent aussi. Tous les acteurs ont intérêt à mutualiser leurs projets.

                                                                                     

Pour Emmanuel Normant, la réflexion chez Saint-Gobain a été engagée avant que l’on parle de smart data, et progressivement les choses se sont mises en place. Il ne faut pas se tromper entre les outils et les objectifs. Le Big Data peut aider à accélérer des projets et une smart city est une ville où des décisions intelligentes sont prises pour les citoyens.

Selon Pierre Schaeffer le vrai enjeu n’est pas technologique, ce sont les prises de décisions qui importent. Il est nécessaire de tirer au mieux profit des systèmes et des outils, de ne pas utiliser des façons de travailler périmées pour les faire simplement basculer dans le monde du numérique. Il faut une vue coordonnée et systémique de la façon de travailler ; même si elle est moins intuitive, elle est alimentée par la donnée ce qui optimise les réflexions. Le facteur humain rentre en jeu, même si c’est facile à dire et plus difficile à faire.

L’évènement étais organisé en partenariat avec Ulrik Fonsmark Andreasen, Investment Manager à l'Ambassade du Danemark. http://www.investindk.com/

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Publié le 09 Févr. 2017
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