Retour sur le lancement du "Guide pratique pour la définition d'objectifs carbone alignés sur les connaissances scientifiques - L'initiative Science Based Targets"

Retour sur le lancement du "Guide pratique pour la définition d'objectifs carbone alignés sur les connaissances scientifiques - L'initiative Science Based Targets"

Le mercredi 19 avril 2017, le Global Compact France et Compta Durable ont lancé leur "Guide pratique pour la définition d'objectifs carbone alignés sur les connaissances scientifiques - L'initiative Science Based Targets" lors d’un petit-déjeuner de présentation. Cette matinée fut également l’occasion d’appeler tous les acteurs à se mobiliser en faveur de l’ODD 13, en s’appuyant sur les expériences de trois entreprises engagées au sein de cette initiative. Le Global Compact France et Compta Durable remercient chaleureusement tous les intervenants et participants.

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OUVERTURE

Jean-Pierre Cordier, Vice-président du Global Compact France, a ouvert cette matinée en rappelant le contexte des Objectifs de Développement Durable (ODD), agenda universel offrant une vision ambitieuse du monde que nous voulons pour 2030. Le Global Compact France s’est impliqué depuis de nombreuses années en faveur des ODD et du climat (ODD 13), en mobilisant les entreprises en France et à l’international lors de l’organisation du premier Business & Climate Summit en 2015 et des COP 21 et 22.
Issue d’un partenariat entre le Global Compact des Nations Unies, le WWF, le CDP, et le World Resources Institute, l'initiative Science Based Targets (iSBT) vise à accompagner les entreprises dans la définition d’objectifs de réduction des émissions de GES alignés sur les préconisations scientifiques. Malgré l’engouement généré par cette initiative, encore trop peu d’entreprises françaises se sont engagées, faisant face à des difficultés techniques et à l’absence d’une documentation accessible en langue française. Face à ce constat, le réseau local français du Global Compact a décidé de lancer le mouvement et d’offrir un outil dédié aux entreprises francophones. Le Global Compact France s’est ainsi associé à Compta Durable, cabinet d’expertise comptable dédié à la performance extra-financière et financière des organisations, afin de publier un guide pratique à la fois technique et pédagogique.Jean-Pierre Cordier a finalement appelé les entreprises à s’engager largement en faveur des Science-Based Targets et ainsi à contribuer positivement à l’ODD 13.

INTRODUCTION

Aurélie Pontal, Responsable des partenariats au WWF France, a rappelé la genèse de l’initiative Science Based Targets en présentant un constat simple : en 2010, nos émissions représentaient environ 49 GT de CO2 par an, et augmentaient en moyenne de 2,2% chaque année. À ce rythme, nous dépasserons le budget carbone mondial dans environ 20 ans.
Face à l’insuffisance des INDCs (Intended Nationally Determined Contributions) établies lors de l’Accord de Paris, l’implication massive de la société civile et des entreprises est indispensable. Le secteur privé, force d’innovation et d’investissement, a en effet un rôle clé à jouer. L’enjeu est de taille puisque les 1000 plus grandes entreprises sont responsables de 20% des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales. Aurélie Pontal souligne que les entreprises s’engagent et ont intérêt à se positionner sur la lutte contre le changement climatique. 80% des entreprises de la liste Global 500 ont ainsi défini des objectifs de réduction d’émissions.
L’iSBT vise à fournir un cadre commun pour la définition de tels objectifs en cohérence avec la trajectoire 2°C, à réunir les volontés et à lancer un mouvement global. L’initiative SBT a pour objectif de faire de cette approche un standard en matière de RSE et démontrer le niveau de réduction des émissions atteignable pour influencer positivement les politiques climatiques, Depuis son lancement en 2015, 2 entreprises s’engagent en moyenne dans l’initiative chaque semaine, et l’iSBT ambitionne d’atteindre les 300 entreprises avec une cible SBT en place d’ici 2020. Aujourd’hui, ce sont déjà 260 entreprises engagées dans l’iSBT, dont 42 ont vu leur cible approuvée par l’initiative. Comme les 19 entreprises françaises qui ouvrent la voie, Aurélie Pontal a appelé les autres à rejoindre le mouvement !


Ciprian Ionescu, Responsable recherche et développement chez Compta Durable, a présenté le contenu de la publication et s’est focalisé sur la méthodologique générale des approches préconisées par l’initiative Science Based Targets. Le "Guide pratique pour la définition d'objectifs carbone alignés sur les connaissances scientifiques - L'initiative Science Based Targets" est divisé en 4 grandes parties :

  1. La première partie « L’implication des entreprises dans la lutte contre les changements climatiques » dresse un état des lieux des stratégies carbone des États et des entreprises, soulignant l’urgence de mettre en place de nouvelles solutions.
  2. La seconde partie « Réconcilier politiques climatiques et préconisations scientifiques » présente l’initiative, son historique et les processus d’engagement.
  3. La troisième partie « Décliner un objectif global en cibles carbone individuelles » constitue la moëlle épinière des approches de l’iSBT et le cœur de ce quide pratique. Cette méthodologie vise principalement à proposer des modalités de répartition des efforts selon les régions et les secteurs, puis des modes d’allocation de ces efforts entre les entreprises d’un même groupe homogène de désagrégation, géographique et/ou sectoriel.
  4. La quatrième partie « Élaboration d’une cible carbone alignée sur les connaissance scientifiques » présente les 7 méthodes préconisées par l’iSBT dans une approche comparative, afin d’aider les entreprises à choisir la méthode la plus adaptée en fonction de leur secteur économique, leur niveau d’activité, et de la région du monde dans laquelle elles se situent.

Ciprian Ionescu a souligné l’engagement croissant des entreprises dans la lutte contre le changement climatique. Il est ainsi important de les outiller afin qu’un plus grand nombre se fixe un cap ambitieux, fournissant un levier de transformation de leurs opérations, leurs produits et services, leurs cultures managériales, etc.


TABLE RONDE

Romain Poivet, Chargé de projet climat à l’ADEME, a recueilli les témoignages d’entreprises pionnières engagées dans l’iSBT et animé de riches échanges. Au cours de cette table ronde, Dorothée Bernier, CSR Manager chez Thalys, Léa Lim, Responsable RSE du groupe Carrefour et François-Xavier Morvan, Sustainability Performance Manager chez Kering, ont partagé leurs convictions, engagements et réalisations en lien avec l’initiative Science Based Targets.

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager dans l’initiative SBT ?

Léa Lim : « Pour Carrefour, bien faire son métier signifie pouvoir offrir des produits diversifiés et de qualité à ses clients, investir pour limiter l’épuisement des ressources naturelles et garantir la durabilité de ses produits et services. En 2015, le groupe a ainsi définid’ambitieux objectifs : réduire les émissions globales de CO2 du Groupe de 70% entre 2010 et 2050. Afin de rester sur la bonne voie, un objectif intermédiaire à horizon 2025 a également été défini : réduire les émissions globales de CO2 de 40%. » Léa Lim évoque les questionnements liés à cette démarche en l’absence de réel cadre global. Le groupe découvre l’initiative SBT à l’occasion de la COP 21 et s’engage immédiatement dans cette démarche positive.

Dorothée Bernier : « Face à l'urgence de la décarbonisation de notre économie, et alors que la demande de mobilité s'intensifie toujours plus, l’activité de Thalys est par définition du côté des solutions. Un voyage en Thalys produit en effet 8 fois moins de CO2 qu’un voyage en voiture, et 10 fois moins qu’un trajet en avion. Conscient de l’urgence climatique, Thalys a décidé de prendre un engagement ambitieux et de rejoindre le l’initiative SBT à la veille de la COP 21 en 2015. L’iSBT répondait parfaitement aux exigences de l’entreprise : une initiative solide, d’envergure internationale et apportant un cadre précis à la définition d’un objectif de réduction d’émissions. »

François-Xavier Morvan : « Après une première série d’objectifs de réduction d’émissions définis pour la période 2012-1016, Kering a choisi de s’appuyer sur l’iSBT pour définir une vision de long terme ambitieuse. » Les objectifs du groupe de luxe ont été validés par le Comité Technique de l’iSBT faisant de Kering la première entreprise française à franchir ce cap.


Comment avez-vous défini vos objectifs au travers de l’initiative SBT ?

Léa Lim : « Le groupe Carrefour s’est fait accompagner par un cabinet externe dans la définition de cibles basées sur les données scientifiques et les scénarios 2°C. Les objectifs de Carrefour s’appliquent aux scopes 1, 2 et partiellement au scope 3, et ont été soumis à au Comité Technique de l’iSBT pour validation. Le Groupe poursuit en effet ses efforts sur le scope 3, notamment car la méthodologie du SBT est toujours en cours d’élaboration. »

Dorothée Bernier : « Thalys a utilisé la méthode Sectoral Decarbonization Approach qui est la plus appropriée au secteur d’activité de l’entreprise et la plus ambitieuse. Dans la pratique, les calculs ont été complexes et les méthodologies particulièrement exigeantes. Thalys a travaillé avec le WWF Belgique, le Comité technique de l’iSBT et avec Ecores, cabinet de conseil en environnement chargé de la réalisation des bilans carbone de l’entreprise depuis plusieurs années. » Dorothée Bernier souligne l’importance de discuter avec les différents métiers de l’entreprises afin de motiver les équipes en interne et de trouver les solutions les plus adaptées. « Ce travail collaboratif a duré environ 8 mois. Disposer d’un bilan carbone solide, connaître les évolutions de ses émissions et s’appuyer sur l’expertise de nos partenaires ont été des accélérateurs efficaces. »

François-Xavier Morvan : « Pour définir son objectif, Kering s’est appuyé sur le scénario RCP 2.6 défini par le cinquième rapport du Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC AR5), également utilisé dans le cadre de la méthode C-Fact recensée par l’initiative. Ce scénario stipule qu’il est nécessaire de réduire les émissions mondiales de GES entre 41 et 72% d’ici 2050 pour maintenir un réchauffement mondial en dessous de 2°C. Kering a appliqué la limite haute du scénario mondial et vise ainsi une réduction de ses émissions de 72% d’ici 2050. Les projections de croissance du secteur du luxe ont ainsi été appliquées pour construire la courbe de réduction de l’intensité correspondante, permettant à Kering de suivre ses progrès.  Le prochain défi pour le Groupe concerne l’amélioration de la prise en compte des émissions liées au scope 3. »


Quels conseils donneriez-vous aux entreprises souhaitant s’engager dans l’initiative SBT ?

Selon Léa Lim, il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur les ressources proposées par l’initiative. S’il est aujourd’hui difficile d’avancer sur certains secteurs, notamment en lien avec le scope 3 dû à l’absence de méthodologies, l’initiative SBT avance vite. Ainsi, Carrefour n’hésite pas à participer à ces progrès, et travaille à la mise en œuvre de cibles d’émission de GES adaptées à la grande distribution.

Dorothée Bernier souligne l’importance de mobiliser l’intégralité des équipes dans ce projet. S’appuyer sur des soutiens au sein de la direction générale de l’entreprise facilite et accélère la démarche. Il est également indispensable de mobiliser toutes les équipes dans cet engagement. Dans cette perspective, Thalys a mis en place et anime un dynamique réseau d’ambassadeurs dans chaque département de l’entreprise, induisant une synergie collective et créative autour de ces enjeux.

Selon François-Xavier Morvan, avant même de se poser la question de l’engagement dans l’initiative SBT, il est primordial de développer une mesure de son empreinte carbone. Un tel outil est nécessaire pour identifier les secteurs où réside l’effort, en fonction du temps et du budget disponibles. S’impliquer dans l’initiative constitue une démarche véritablement ambitieuse et confère une crédibilité scientifique à sa stratégie carbone. François-Xavier Morvan a également rappelé la force de cet engagement pour sensibiliser et mobiliser les équipes en interne.


CONCLUSION

Hervé Gbego, Président de Compta Durable, a remercié les organisateurs, intervenants et participants. « Compta Durable travaille plusieurs années à l’intégration d’objectifs environnementaux scientifiquement pertinents dans les stratégies des entreprises. Nous continuons à travailler sur les problématiques méthodologiques qui subsistent, pour faire avancer efficacement les pratiques des entreprises. Nous vous invitons à prendre connaissance du « Guide pratique pour la définition d’objectifs carbone alignés sur les connaissances scientifiques », et à vous engager en faveur du mouvement d’avenir mondial que représente l’initiative Science Based Targets ! »

Contacts
Alice Guillermier, Chargée de projet - Global Compact France - contact@globalcompact-france.org
Ciprian Ionescu, Responsable R&D - Compta Durable - contact@compta-durable.com

 

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Publié le 27 Avril 2017
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