Compte-rendu - Déjeuner-débat avec Florence Parly, Directrice Générale SNCF Voyageurs

Compte-rendu - Déjeuner-débat avec Florence Parly, Directrice Générale SNCF Voyageurs

Le jeudi 22 septembre, le Global Compact France organisait un déjeuner-débat en présence de Florence Parly, Directrice Générale de SNCF Voyageurs, sur le thème des nouveaux défis à relever par le secteur des transports : révolution digitale, développement de la consommation collaborative, lutte contre le changement climatique, urbanisation, et croissance d’une mobilité qui semble sans limites.

Dans un contexte où l’Accord de Paris appelle à une forte réduction de la consommation énergétique du secteur, ce déjeuner-débat a été l’occasion de discuter les conséquences de l’évolution de nos pratiques, des alternatives émergentes et des moyens d’entrer dans l’ère de la mobilité bas carbone, thématiques au cœur des préoccupations de la SNCF.

Intervention

Florence Parly est tout d’abord revenue sur la notion de mobilité, en pleine évolution et au cœur des préoccupations de la SNCF. Droit essentiel du citoyen, il est aujourd’hui indispensable de pouvoir être mobile, d’être capable de se déplacer pour accéder aux services les plus basiques. Toutefois, la mobilité peut aussi être source de contraintes et contrarier notre vie quotidienne, quand elle n’est pas organisée ou dans un contexte de « trop » de mobilité.

Madame Parly souligne que la mobilité a connu divers changements de paradigmes, liés aux bouleversements de nos pratiques.

En un siècle, on est passé du règne de l’automobile à des formes de mobilités plurielles, complémentaires et connectées. La mobilité se résumait avant à la propriété d’une voiture, friande en énergies fossiles. Aujourd’hui, l’offre de mobilité s’est largement diversifiée, décarbonée et ses formes ne sont plus concurrentes mais complémentaires. En effet, les modes de transports sont de plus en plus connectés. On est également passé d’une logique d’optimisation individuelle, plus pratique et confortable, à une logique d’optimisation collective.

Un second changement de paradigme réside dans l’élargissement du champ des possibles de l’utilisateur. La mobilité auparavant façonnée par l’offre dépend aujourd’hui de la demande. La diversification de l’offre implique une plus grande capacité d’arbitrage des clients. Le développement du « low cost » en est un bon exemple.

Ces changements de paradigmes ont d’importantes conséquences pour le transport ferroviaire. Florence Parly insiste ainsi sur l’importance de l’association des différents modes de transports et de leur complémentarité. Cette mobilité protéiforme et connectée a l’avantage de s’adapter au plus près des besoins ; elle est « sans couture pour le client et sur mesure, car chaque parcours est différent ».

La SNCF souhaite ainsi se tourner vers l’expérience des usagers, et considérer au mieux les diverses alternatives qui s’offrent à eux. En effet, il est essentiel de ne pas voir la voiture comme une concurrente mais de l’intégrer de façon intelligente dans les différents parcours. L’utilisation de cette dernière connaît d’importantes transformations : les voitures sont moins carbonnées, moins chères et sont transformées par la technologie. Florence Parly souligne l’émergence de la voiture autonome comme un futur maillon du transport public.

Si la voiture change, le train aussi. Madame Parly évoque le développement d’un projet de trains autonomes. Bien que la mise en circulation de trains sans conducteurs reste pour l’instant à l’état de projet, notamment à cause de problèmes de gestion de trafic complexes, la SNCF travaille à l’automatisation des trains. Cela permettrait une optimisation de l’utilisation des lignes et de l’efficacité du transport. Florence Parly évoque l’internet industriel comme un outil fondamental dans la réduction et l’optimisation de la consommation électrique et des émissions de gaz à effet de serre. Elle réitère l’engagement de la SNCF de réduire sa consommation de CO2 de 20% à horizon 2025.

Le train présente également des avantages face au transport automobile ou aérien. En effet, le ferroviaire est le moyen par excellence du transport capacitaire. Un seul TER équivaudrait à 244 voitures avec 2 passagers à leur bord, soit l’équivalent d’une file de 14km de voitures. Dans la même optique, il faudrait 200 A380 pour se substituer au trafic quotidien des TGV sur la ligne Paris-Lyon, considérant qu’un avion émet 20 fois plus de CO2 par km. Cela fait donc du train un outil formidable pour transporter des usagers en nombre et une garantie de fluidité dans les zones à forte densité.

Cet impératif de multimobilité incite ainsi la SNCF à s’adapter. Florence Parly note l’importance d’être spécifique dans l’offre de proximité, du « porte à porte », problématique à laquelle les transports urbains ne peuvent pas forcément répondre. Il est nécessaire de développer une offre de mobilité partagée avec de nouveaux modes de transport tels que les vélos partagés ou le covoiturage. De plus, la SNCF essaye d’adapter les gares à cette multi mobilité en facilitant un accès le plus rapide possible aux autres moyens de transport. Selon Madame Parly, cette offre complémentaire et bien connectée sera bénéfique au transport ferroviaire.

L’intervenante est revenue sur le digital comme élément fondamental de l’économie du transport aujourd’hui. La SNCF propose une application co-construite avec ses clients, mise à jour très régulièrement pour s’adapter au mieux aux besoins et réalités des utilisateurs.

Questions de la salle

Comment la SNCF se prépare-t-elle au benchmark externe ?

L’ouverture à la concurrence du transport régional est prévue pour 2023 avec dès 2019 la possibilité d’expérimentations sur certaines lignes. Toutefois, ce scenario reste un horizon lointain car il représente de lourds investissements. La SNCF s’ouvre déjà à la concurrence, dans le sens où elle ne cesse de s’adapter au changement d’environnement et aux demandes des usagers. Il est du devoir de la SNCF de prendre en compte les demandes des clients, notamment en termes de confort. Un avantage du transport ferroviaire est que les utilisateurs sont libres de disposer de ce temps pour se reposer, pour travailler. Le train doit ainsi répondre à ces attentes pour conserver cet avantage comparatif.

Que deviendrait le train dans un monde où la voiture autonome se généraliserait, répondant justement à ces problématiques de temps ? La SNCF pense-t-elle à déployer une stratégie allant au-delà du transport ferroviaire ?

Selon Florence Parly, la voiture autonome ne pourra certainement pas résoudre l’équation de la mobilité dans les zones denses, où la nécessité de transports volumétriques est forte. Certes ce nouveau mode de transport va changer la donne mais il y aura toujours un besoin de « mass transit ». La SNCF ne peut ainsi pas se désintéresser des formes de mobilités complémentaires ; elle se doit d’être un expérimentateur, voire même un « champion dans ces nouveaux modes de mobilité ». Florence Parly souligne l’importance de l’innovation pour le groupe, perçue comme une fierté pour ses salariés. L’innovation serait même dans l’ADN de la SNCF, qui a su se placer à la pointe de la technologie ferroviaire avec le TGV.

Quelle est la place des problématiques d’environnement dans les choix d’investissements de la SNCF ?

Concernant les choix d’investissements de la SNCF, la marge de manœuvre n’est pas large. Ils reposent en grande partie sur un système d’arbitrage public. Si le groupe a œuvré au progrès dans le cadre de la COP21, d’autres problématiques entrent en considération, telles que les prix ou la rentabilité de ce mode de transport. Florence Parly évoque la question de la prise en compte des externalités positives ou négatives. Si les avancées sont réelles, elles sont insuffisantes, et dépassent l’échelle de l’entreprise. Aujourd’hui il est crucial de développer des modes de transport efficaces à la fois individuellement et collectivement.

Serait-il possible d’utiliser les nombreux terrains inutilisés en bordure des voies exploitées par la SNCF, notamment pour planter des arbres ? Cela pourrait constituer un projet véritablement pédagogique étant donné que les forêts sont les premiers émetteurs de CO2 en France.

Pour Florence Parly, cette idée pourrait constituer un beau projet, mais qui présente diverses contraintes. Les terrains situés en ville sont très convoités par les élus, qui cherchent à les aménager ; ceux situés en campagne sont en majorité des bandes étroites, inexploitables. De plus, un tel projet poserait des problèmes de logistique (systèmes de freinages, dissimulation des panneaux de signalisation, frais relatifs à l’entretien des arbres, etc.)

Tout le monde connaît la SNCF. Toutefois derrière cette image de marque, sa présence est modeste dans la bagarre pour la transition à la grande vitesse. Qu’en pensez-vous ?

Il est indispensable pour la SNCF de se développer à l’international, d’où un nombre croissant de réponses aux appels d’offres liés aux transports urbains ou à grande vitesse à l’international. La SNCF est notamment présente au Moyen Orient, en Inde, Australie. L’objectif à 10 ans est de réaliser la moitié du chiffre d’affaire en dehors de la France.

Quelle est la place de l’innovation dans l’activité de la SNCF ?

La SNCF a mis en place un fond pour l’accompagnement des start-ups portant des projets innovants ; il est important d’encourager ces projets. L’entreprise a également créé une direction digitale et une plateforme collaborative innovante.

La mobilité est parfois contrainte en Ile de France. La SNCF se mobilise-t-elle sur la « démobilité » ?

Pour Florence Parly, la question de la « démobilité » dépasse l’activité de la SNCF. Il est de la responsabilité des entreprises d’adapter des politiques d’horaires plus souples pour lisser la densité des heures de pointes, de développer le télétravail, de promouvoir le covoiturage. Les salariés doivent être les ambassadeurs de ces bonnes pratiques, mais les employeurs demeurent les principales forces du changement.

 

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Publié le 24 Oct. 2016
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