Compte-rendu - Déjeuner-débat avec Jérôme Bédier, Directeur général délégué et Secrétaire général du groupe Carrefour

Compte-rendu - Déjeuner-débat avec Jérôme Bédier, Directeur général délégué et Secrétaire général du groupe Carrefour

Ce vendredi 4 novembre dernier, le Global Compact France organisait un déjeuner-débat en présence de Jérôme Bédier, Directeur général délégué et Secrétaire général du groupe Carrefour, sur le thème des PME, aujourd’hui force vive et incontournable de l'économie française. Les PME ne cessent de se diversifier et d’innover pour faire face aux évolutions du marché et à une forte compétitivité, et sont plus que jamais un atout en matière de qualité, d’agilité et d’innovation.

Ce déjeuner-débat a ainsi été l’occasion d’étudier le renouvellement du modèle de collaboration entre PME et grands groupes et de discuter les enjeux et opportunités qui l’accompagnent.

Intervention

Jérôme Bédier a tout d’abord souligné la distinction entre les approches défensive et offensive du besoin de compliance (ou action de mise en conformité). Cette obligation de compliance est souvent considérée comme une contrainte absolue pour les entreprises, de par sa complexité à la fois liée à l’interprétation, à la diversité et au volume des normes à prendre en compte. Sa prise en compte est par conséquent souvent réservée à un public averti, alors qu’elle est indispensable pour le bon fonctionnement de l’entreprise, et finalement source d’opportunités.

Du point de vue défensif, si la compliance est assumée, bien exercée et directement prise en charge par la direction générale, elle donne de l’énergie opérationnelle et morale aux équipes et impacte la performance de l’entreprise.

Du point de vue offensif, l’entreprise peut également communiquer sur son respect des normes ou sur les secteurs où elle met en place de bonnes pratiques pour se différencier d’autres organisations. La réputation de l’entreprise peut ainsi bénéficier de ces actions de mise en conformité.

Monsieur Bédier est revenu sur la question du devoir de responsabilité sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Comment définir la responsabilité du Groupe ? Les entreprises doivent-elles prendre en charge toutes les crises locales ? Si Carrefour est plutôt avancé dans ce domaine, il est aujourd’hui important de constater une dilution générale de ces responsabilités.

Jérôme Bédier a ensuite présenté les trois grands axes de la stratégie de responsabilité sociétale développée par Carrefour :

  1. Lutter contre le gaspillage : Le Groupe a fait de la lutte contre le gaspillage alimentaire un véritable crédo de l’enseigne. Carrefour a mis en place un « plan AntiGaspi », impliquant aussi bien le producteur que le consommateur.
  2. Protéger la biodiversité : Carrefour se doit d’intégrer les enjeux de biodiversité à son action puisqu’ils sont directement liés à son activité. Selon Jérôme Bédier, « la biodiversité, c’est notre métier », puisque le cœur de l’activité du Groupe réside dans les produits frais et de saison, dans la variété des terroirs et dans la diversité de l’alimentation. Le développement de l’agroécologie et la création de la Filière Qualité Carrefour miel corse AOP sont de bons exemples de travaux qui répondent à ces problématiques. Cela représente une opportunité puisque cela correspond à une demande du consommateur, des clients qui répondent favorablement à ces initiatives.
  3. Accompagner les partenaires : Carrefour a également comme mission de démocratiser une nourriture de qualité et d'assurer une meilleure nutrition. Si le chemin est parfois difficile, il est nécessaire d’avoir cette vocation sociale aux yeux du Groupe.

Monsieur Bédier a souligné l’importance de travailler avec les PME pour Carrefour, afin de se différencier et de d’accroître la qualité de ses produits. Cette collaboration grands groupes/PME est toutefois complexe, et il est indispensable de créer des dispositifs en interne pour rester à l’écoute des plus petites structures. Les responsables de PME expriment souvent leur frustration de ne pas être reçus par les responsables de la grande distribution avec lesquels ils travaillent. Il est important de considérer ces problématiques pour mieux collaborer.

Questions de la salle

La RSE coûte-t-elle cher ? Etes-vous aujourd’hui capable de mesurer ce coût ?

Selon Jérôme Bédier, cela dépend des cas de figure. Le plus souvent, les stratégies RSE ne coûtent pas cher si on prend en compte le retour sur investissement. Certains produits gagnent en valeur ajoutée et en qualité, et il est indispensable de proposer un prix convenable, permettant la rémunération juste des différents acteurs. Il faut parfois accepter de vendre ces produits plus chers, et cela ne peut fonctionner que si le consommateur suit.

On ratifie aujourd’hui l’Accord de Paris. Comment voyez-vous la transformation de la logistique liée aux produits de consommation ?

La logistique du Groupe est optimisée aujourd’hui. Considérant que les produits de consommation sont plutôt volumiques et pondéreux, il existe une incitation directe à repenser les flux de transports. Carrefour effectue actuellement un travail sur les systèmes en boucle afin que la gestion et l’approvisionnement des ressources en amont soit français.

Jérôme Bédier note que les consommateurs ont plus que jamais besoin de « sincérité du produit », de savoir d’où il vient.

Que pensez-vous du devoir d’éducation des consommateurs ? Où en êtes-vous au sujet de l’étiquetage ?

Il est indispensable de pouvoir donner le choix au consommateur, et de l’aider à prendre des décisions éclairées. S’il est du devoir de Carrefour de faire de la pédagogie sur des sujets bien précis, le but n’est pas de devenir un « directeur de conscience ». La démarche doit être concrète et compréhensible.

Carrefour travaille actuellement au développement de systèmes de communication à la fois simples et exhaustifs. Par exemple, le Groupe met en place un dispositif d’information sur ses produits issus de la pêche. A un niveau plus proche du client, le magasin, lui aussi acteur, peut communiquer directement avec le consommateur au sujet de son activité de responsabilité sociétale. Toutefois, il faut constater qu’il reste difficile d’éveiller le consommateur à ces problématiques.

L’étiquetage est un sujet compliqué puisque l’on veut donner des valeurs de référence, des moyennes, alors qu’il est toujours compliqué de fournir des évaluations précises.

Sur le plan de l’étiquetage social, on se heurte au même problème d’hétérogénéité ; on peut établir un système d’étiquetage au niveau de l’entreprise, mais cela n’est pas suffisant. Cela pose également la question de l’audit systématique. Carrefour a choisi un système différent ; le Groupe travaille à l’uniformisation des référentiels d’audit dans les pays à risques.

La valeur ajoutée de la responsabilité sociétale a-t-elle un impact sur le consommateur ?

Selon Jérôme Bédier, cette valeur ajoutée induit un sentiment de confiance chez le consommateur, qui peut déclencher des actes d’achats. Le lien avec la qualité du produit est souvent assez évident pour les clients.

Mais des questions se posent ; par exemple au sujet de la viande et du bien-être animal. Cela peut entrainer des contestations fortes si le Groupe ne parvient pas à être à la hauteur des attentes du consommateur.

Quelles est la politique de Carrefour pour aider à lutter contre le chômage ?

La question de l’emploi est un sujet central pour le Groupe. De nombreuses actions sont entreprises pour créer de nouveaux postes ou pour former les jeunes via des contrats d’alternance. Carrefour travaille à stimuler les accords locaux ; un magasin en étroite relation avec son pôle emploi local donne souvent lieu à des résultats très positifs. Le Groupe se veut également terrain d’insertion et de promotion sociale et développe des processus d’accompagnement pour les personnes en voie d’insertion ou récemment arrivées en France.

Comment transmettre votre souci d’innovation auprès des PME avec lesquelles vous travaillez ? 

L’objectif est de lier démarche équitable et opportunité. Par exemple, Malongo a fait de cette exigence sociale le projet même de son entreprise ; et si les cafés produits sont plus chers pour les consommateurs, leurs qualités bien spécifiques et recherchées justifient ce différentiel de prix.

La question du savoir-faire se pose également. En effet, la mise en place d’une économie circulaire nécessite des expertises et des compétences bien adaptées à ces sujets techniques. Ceci représente une véritable rupture en termes de technologie, et nous n’avons pas encore atteint la percée technologique qui permettrait de développer des solutions massives.

Quelle place Carrefour accorde-t-il aux collaborations et partenariats pour les entreprises sociales et les associations ?

Le Groupe travaille beaucoup avec les associations, par exemple avec Emmaüs ou Lulu dans ma rue, association visant à renforcer le lien social et à offrir de nouveaux services de proximité. Carrefour agit également au niveau des magasins via l’organisation d'événements sportifs ou en s’investissant dans les associations de quartier.

 

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Publié le 01 Déc. 2016